L'histoire de Jean Vigneau

Son père étant décédé à la fin de 1871, Jean Vigneau a quitté la Pointe à 9 ans, le 20 mai 1873, en compagnie de l'abbé J.-A. Pérusse, missionnaire à Moisie, qui l'a, en quelque sorte, adopté. Il alla de mission en mission avec lui durant 5 ans ; par exemple, il est à Notre-Dame-du-Lac-Témiscouata en 1874 et en 1877, puis à Moisie en février 1878. 

Il entra au séminaire de Rimouski en septembre 1878, sous la protection de l'abbé Pérusse. La famille n'étant pas assez fortunée pour payer les études de Jean, son frère et parrain, Placide, lui avait fait part de son désaccord en 1877 quant au fait de se faire instruire par charité. Dans une lettre qu'il addressait à Placide en août 1877, Jean avait réfuté avec énergie le point de vue de son aîné et lui avait rappelé les désirs de leur père. 

En 1880, il fut premier à un concours et élu représentant de sa classe à la Société St-Louis, une société interne au séminaire, ayant pour objectif d'accoutumer ses membres à parler en public. Une de ses lettres datant de cette époque montre qu'il gardait ses livres pour ses neveux et nièces et qu'il a acheté un livre pour le bébé de Placide, ... en attendant qu'il sache lire. 

Jean Vigneau
 
En janvier 1882, alors qu'il en était à 3 ans de la fin de ses études, il fut malade de l'estomac durant 2 mois, mais cela ne l'a pas empêché de réussir ses examens. En octobre de la même année, il était à Douglastown, près de Gaspé, pour y apprendre l'anglais.

À compter de janvier 1883, il semble être demeuré à St-Michel de Percé. C'est en juin de cette année-là qu'il annonca à son frère qu'il voulait quitter le séminaire pour des raisons qu'il ne voulait pas écrire. Cette question s'est réglée vers la fin d'août, alors que Jean est retourné à la Pointe. Son parrain, Placide Vigneau, mentionne dans un de ses textes que c'est parce qu'il avait une mauvaise santé. Son départ du séminaire n'a pas brisé ses liens avec M. Pérusse car il correspondait encore avec lui en 1887 et ils semblaient alors en bons termes.

En 1887, il était engagé à 1.30$ par jour pour aller et venir du Blanc Sablon avec le capitaine Charles, envoyé par la compagnie française Bossières et frères pour voir si cela vaudrait la peine de prendre le saumon frais pour l'envoyer dans les vieux pays. Il allait aussi " tendre sur les bord de l'île à Bouleau, charroiyait le bois avec une barge et avait de l'ouvrage en masse ".

C'est en octobre 1887 qu'il s'installa à Québec, en pension chez la tante d'une connaissance de la Pointe. Il travaillait comme commis dans un magasin de marchandises sèches en avril 1888. En juin 1888, il entra à la Royal School of Cavalry pour une période de 3 ans. En décembre, il se disait bien portant, gros et gras ; il était " storeman ", ne faisait aucun service et ne paradait qu'à l'occasion. En février 1890, il se disait en bons termes avec le ministre de la milice et de la colonie, ainsi qu'avec le colonel Duchesnay et croyait qu'ils pourraient lui trouver une place après son service.

En juin 1891, son service à la Cavalerie se termina et il travailla dans un magasin, qui lui assurait de bons gages. Il indique qu'il a pris deux assurances de 1000$ chacune, ce qui dénote une certaine préoccupation financière. Lorsque son frère Amédée arriva à Québec, en octobre de la même année, il lui trouva immédiatement du travail pour inspecter le poisson.

Selon son frère Placide, il aurait été secrétaire de Monseigneur Duhamel à Ottawa et aurait été un an ou deux chez les trappistes d'Oka pour y apprendre la fabrication du beurre et du fromage.

Durant ces années à Québec, il a fréquenté les Lacasse. En fait, il connaissait David Lacasse, percepteur pour les quais Renaud, et son épouse, Priscille Bérubé, probablement depuis 1877, soit l'année de son arrivée à Québec. Le 25 février 1895, il épousait Maria Green, un enfant que Priscille Bérubé avait eue de John Green, un irlandais de Miguasha, avant son mariage avec David Lacasse, et que le couple Lacasse avait élevée. Maria Green venait d'avoir 21 ans et Jean Vigneau avait 10 ans de plus.

Le couple s'est établi à Maria, où leurs 12 enfants naquirent:

  1. Noëlli, n 1895-12-06 Maria, d 1913-3-29 Maria
  2. Béatrice, n 1897-2-2 Maria, d 1952-9-19 Maria
  3. Joseph, n 1898-8-21 Maria, m Détroit 1934 Edith Bradin
  4. Jean, n 1899-9-5 Maria, d 1916-12-19 Prince-Albert
  5. Anita, n 1901-5-12 Maria, m Hector Dugas
  6. Juliette, n 1902-10-26 Maria, m Maria 1923-2-27 Émile Dugas
  7. Marie-Jeanne, n 1905-9-24 Maria, m Amand Bugeau
  8. Marie-Paule, n 1908-6-2 Maria, m Maria 1936-1-29 Adrien Bernard
  9. Irène, n 1910-8-28 Maria, m Raoul Gagnon
  10. Philippe, n 1911-12-26 Maria, m Maria à Mariette Audet
  11. Eugénie, n 1914-8-2 Maria, m Henri Fortin
  12. Gabrielle, n 1917 Maria, décédée en bas âge
Selon Marie-Paule Vigneau, " ils ont hérité d'une terre achetée par l'abbé Pérusse et sont venus demeurer à Maria dans un petit magasin (le magasin Degrace) pendant quelques années, pour y faire du commerce. " Par la suite, ils ont acquis une immense maison, qui était auparavant un ancien hôtel, le Seaside Cottage. Toujours selon Marie-Paule, son père " était un bel homme, toujours souriant, ..., un intellectuel qui avait manqué sa chance. Il adorait la poésie, pouvait rêver devant un arbre. Une seule petite fleur, le soleil au lever ou au coucher, semblaient le transporter dans l'extase. Sa mémoire était prodigieuse et il pouvait réciter à loisir Victor Hugo, Alfred de Vigny, Fréchette, etc ... J'ai parfois entendu les voisins dire 'Le Père Vigneau, il coupe un érable, s'asseoit dessus et fait des vers' ". De sa mère, elle dit qu'elle était " une personne excessivement timide et nerveuse, ... très ingénieuse et talentueuse, ... elle était un peu une perle délicate que des circonstances avaient rendue d'une grande timidité".