Le nom " Trudel " serait d'origine germanique. En fait, tous les noms à préfixe " Trud " seraient dérivés du vieux latin " Trudo ", qui veut dire " ami ". Quantité de noms allemands sont formés de cette manière. En fait, en consultant les dictionnaires germaniques, on voit que le mot " Trudel " y apparaît comme nom propre, comme nom commun et comme adjectif. Come nom propre, c'est le nom caressant, le nom de tendresse de " Gertrude ". Comme nom commun , il veut dire " marchand de bois, brocanteur, marchandise de seconde main ". Enfin, comme adjectif, il signifie " petit, court ".
Selon le père Paul-Eugène Trudel, principal généalogiste de la famille Trudel, il est vraisemblable de croire que Jean Trudel descende des Trudel qui étaient présents à Mannendorf, près de Zurich, en Suisse dès 1454. Des Truder habitaient même en face, à Wadenswill, en 1402. Depuis 1519, de nombreux jeunes suisses étaient entrés au service militaire de la France, dans le cadre d'une entente entre les deux pays. Peut-être un Trudel est-il demeuré en France, à la fin de son service.
Tous les Trudel d'Amérique ont un ancêtre commun, Jean Trudel, né à Parfondeval, au Perche, vers 1629, et arrivé à Québec au printemps de 1655. Il était tisserand en toile.
La traversée de l'Atlantique, en plus de ses inconvénients dus à l'exiguïté des vaisseaux et à la longueur du trajet, représentait une aventure périlleuse, comme le montre cette description de ce qui est arrivé en 1654, soit un an avant la traversée de Jean Trudel.
De cinq vaisseaux qui étaient sortis de France pour aller porter quelque secours et pour aller trafiquer en la Nouvelle-France, l'un a été pris par les Anglais, l'autre par les Espagnols, un troisième a été perdu en mer ou en quelque côte, dont on n'a pas eu de nouvelles. Les deux autres sont arrivés en ce pays.
Jean Trudel a fait la traversée avec son ami Pierre Maheust, originaire de Mortagne, et lui aussi tisserand.
En plus de la propagande qui existait alors dans la région en faveur de l'émigration et du fait que Robert Giffard, originaire de Mortagne et seigneur de Beauport, était ambitieux plus que quiconque de peupler son domaine, les effroyables difficultés dans lesquelles se débattait alors la mère patrie furent probablement des motifs pour inciter Jean Trudel à venir en Nouvelle-France.
Ce fut le cas, par exemple, de la guerre. Au siècle précédent, Mortagne avait déjà subi 22 sièges et il devait en être encore question dans les foyers. À la fin de la Guerre de Trente Ans, il avait 18 ans. Aussitôt, ce fut la Fronde, puis le scandale de Condé à la tête des troupes espagnoles qui harcelèrent la France pendant 11 ans, jusqu'en 1658. Même si le Perche n'était pas le théâtre de la guerre, son sort n'était pas meilleur. Par bandes de 1500 hommes, les soldats allaient à la maraude, moissonnaient les champs, raflaient tous les animaux et pillaient les villages après avoir exigé d'incroyables rançons, n'y laissant ni vivres ni vêtements. Partout, ce fut la misère la plus indescriptible. De plus, aux ravages de la guerre a succédé le fléau de la peste. Les motivations ne manquaient donc pas de se laisser tenter par les promesses de la Nouvelle-France.
À la même époque, sa future épouse, Marguerite Thomas arrivait de Stavelot, ville du Limbourg, à l'extrémité ouest de la Belgique, où elle naquit vers 1634.