Depuis 1653, Robert Giffard, en récompense de son zèle colonisateur, avait vu sa seigneurie ( la seigneurie de Beauport) augmentée du double. En 1655, elle avait une lieu de front sur le fleuve, à l'ouest de la rivière Montmorency, par quatre lieues de profondeur. Ses censitaires étaient nombreux et ses deux gendres, les Juchereau, possédaient de grandes fermes. Nicolas Juchereau habitait son fief de St-Denis et devait faire valoir sa ferme de La Chesnaye, qui lui avait été concédée en 1651. Il lui fallait donc des fermiers ou des employés sur cette propriété de plus de 18 arpents de front par une lieue de profondeur située là où se trouve aujourd'hui le golf de Courville (voir la zone grise sur la carte).
C'est ainsi que, le 8 septembre 1655, Jean Trudel et son ami Maheust signèrent un contrat, prenant effet le 1er octobre, et par lequel ils s'engageaient à travailler au défrichement et à la culture de la terre sur cette ferme. Celle-ci est déjà en production et compte une maison de 42 pieds de long avec 2 chambres à feu et un pavillon au-devant du logis ; la grange a 50 pieds de long et l'étable 20 pieds carrés. La grange n'est pas fermée et le plancher de la cuisine de la maison n'est pas fait, ainsi que celui du grenier.
Le 14 novembre 1655, Jean Trudel épouse Marguerite Thomas. Le mariage est présidé par le père Paul Ragueneau, jésuite, dans la maison de Robert Giffard, seigneur de Beauport. Y étaient présents, les seigneurs de Beauport et de Charny, ainsi que les sieurs de Maure, de Laferté et St-Denis et Zacharie Dupuy, écuyer, comme amis des futurs époux. On peut dire qu'ils avaient des relations !
Cet hiver-là, Trudel et Maheust, en plus de remplir leurs obligations auprès de Nicolas Juchereau, s'engagent à défricher 5 arpents sur la terre dont Germain Le Barbier est censitaire, à l'est de la rivière Montmorency.
Le 22 juillet 1656, naquit leur premier enfant, Jeanne, baptisée à l'église de Québec dès le lendemain. Jean Juchereau, sieur de la Ferté et Marie Giffard, épouse du sieur de St-Denis, furent ses parrains. On vivait alors une période d'inquiétudes en raison de la menace renouvelée des Iroquois, qui avaient été tenus en respect depuis deux ans. Le 25 avril, ils avaient tué deux Hurons à l'Île d'Orléans, en face de La Chesnaye ; le 18 mai, ils en avaient massacré un grand nombre et amené plus de 60 prisonniers ; au mois d'août, une flottille de 60 canots outaouais arrivait à Québec, ...