La fuite vers Ristigouche

Les Bernard furent de ceux qui réussirent, à grand peine, à échapper à la déportation. Antoine Bernard, un oncle d'Adrien Bernard, imagine que les choses se sont passé ainsi pour ceux qui, comme eux, ont choisi cette voie:
" Se frayant, une hache à la main, un sentier à travers les sous-bois du Nouveau-Brunswick, ces proscrits, qui avaient vu brûler leurs maisons, granges et récoltes, n'avaient qu'une pensée : fuir la haine des Anglais. Qui dira leurs souffrances physiques et morales pendant qu'ils cheminaient sans but, dans la bise des premières neiges de novembre 1755, le long des 180 milles qui séparent Beaubassin de la baie des Chaleurs ! Souvent, on dut faire halte pour assister un vieillard, une femme, un enfant mourant. Après avoir récité une prière, versé quelques larmes sur une tombe hâtivement fermée et abandonnée à la solitude de la forêt, la douloureuse caravane reprenait en silence sa fuite, ... jusqu'au fond de la baie des Chaleurs ".
Un groupe de fugitifs hiverna aux environs de la ville actuelle de Campbellton. Un autre groupe se rendit à Tracadièche (Carleton) pour s'y fixer sur une petite île ; quoique ce groupe n'ait pas compté de Bernard, il était composé de Landry, Leblanc et Dugas, dont la descendance s'est ultérieurement unie à celle des Bernard.

Le plus grand nombre des fuyards de Beaubassin s'étaient arrêtés au fond de la baie de Miramichi. Un grand nombre d'entre eux y périrent, victimes du froid, de la faim et des épidémies. Les survivant prirent à leur tour la direction de l'ouest, notamment vers Pointe-à-la-Garde. Au printemps de 1758, on pouvait y observer 700 fugitifs, à 12 milles du village actuel de Ste-Anne-de-Ristigouche, où se trouvait le camp militaire de la Petite-Rochelle. Au total, les deux communautés comptaient 1500 personnes.

En 1760, la famille de Joseph Bernard, incluant son fils Charles, était à Ste-Anne de Ristigouche puisque Joseph y a fait baptiser un de ses enfants (Jean-Marie) et que Charles y a été parrain lors du baptême d'Étienne, fils de Pierre Bernard. Lors du recensement de 1760 tenu à cet endroit, la famille de Joseph comptait 8 personnes.